J'avais prévu de regarder À corps perdus. Et en finissant ma lecture du dernier Glamour, j'ai appris hier soir qu'un documentaire sur le "Hype" était diffusé sur Arte le soir même. Suffisament dégoûtée d'avoir raté le début du reportage sur Marc Jacobs, j'étais fermement décidée à le regarder.
Et je ne regrette pas. Le premier documentaire, très informatif et intéressant n'était cependant pas assez fouillé. Le second l'était beaucoup plus (au point d'être un peu chiant...). Cernons d'abord le sujet.
Le "hipe" et le "hype" sont à distinguer l'un de l'autre. Le premier désigne un mouvement de mise en marge dans un but artistique. Le "hype", c'est le "hipe" exploité par le marketing.
Dans le "hipe", on peut trouver plusieurs catégories : le bad boy (Pete Doherty), le bohémien (hippies), le dandy (qui citer ? Oscar Wilde, Marilyn Manson...) et enfin le VIP (Paris Hilton (trouvez la visée artistique, parce que moi je cherche toujours...)). Dans ce contexte là, et déjà rebutée par le mouvement avant même de connaître avec précision ce qu'il englobait, le "hipe" me déplaît. Mais quand le marketing et le business s'en mêlent, le "hype" vient à me répugner franchement.
Le "hipe" m'exaspère à s'auto-proclamer artistique et marginal alors que, sauf exceptions (Wilde, Baudelaire), ses productions sont minables et dénuées de sens. Vous pouvez me dire ce qu'il y a d'artistique à montrer un mec à poil s'agiter sur un fauteuil en cuir, parler allemand avant de se faire un shoot d'héroïne en direct ? C'est grotesque, du cirque tout au plus. À quoi rime cette manie très actuelle de considérer que tout est art ? À moins d'une démarche profondément marginale (et non lucrative) et sincère, ce que les magazines s'acharnent à apperler "new art" n'est qu'une sinistre farce. Un mouvement pseudo anti-conformiste juste bon à nous montrer la débauche de la jeunesse d'aujourd'hui ennuyée et ennuyeuse qui veut nous imposer son quotidien comme modèle et nous faire croire que vous pouvons faire de même, que la nuit est un monde enrichissant, que la drogue est notre unique salut et qu'avoir l'air d'une clocharde, c'est beau.
Voilà pourquoi des filles comme Kate Moss ou Cory Kennedy m'écoeurent. Pourquoi élever au statut d'icône une fille qui n'a jamais rien fait de sa vie d'intelligent ? Elle sort en boîte, baise avec un photographe lambda qui la suit dans ses virées nocturnes et la mitraille de flashes, se drogue et comble, du chicissime, s'habille avec la classe d'une clocharde new-yorkaise. Et elle a la chance d'être excessivement narcissique pour polluer les pages web du monde entier des photos de sa vie palpitante : Cory par terre, Cory qui mange des spaghettis, Cory avec des cheveux gras, Cory fait une grimace, Cory se cache, Cory danse, Cory boit, Cory dort...
On peut tous faire pareil et ça, c'est génial. Et ça, c'est ultra artistique. Oui, on l'élève au rang d'icône alors qu'elle concède elle-même qu'elle a commencé à être photographié aux environs de quinze ans sans savoir pourquoi et qu'elle ne sait même pas ce qui arrivera dans le futur. Chapeau, l'artiste !
Tant que le mouvement restait inconnu et véritablement underground (comme il aime à s'auto-nommer), cela me convenait. Mais quand le business s'en mêle, découvre cette petite traînée inutile, se dit "Tiens, c'est intéressant, ça ! Toute une bande de cons va tomber dans le panneau à travers le monde et je vais m'en foutre plein les poches !" et nous impose ces images insupportables sur Internet, les magazines ou la télé, ça m'insupporte. Quoi, c'est cette fille-là qui va nous imposer les nouvelles tendances ? C'est cette fille qui va devenir une référence de l'art contemporain ? (Et je ne cite que Cory pour désigner en réalité tous les autres...) Et le pire, c'est que des petites connes de treize ans et plus tombent allègrement dans le piège et prônent ce mode de vie sans même savoir de quoi elles parlent, sans même avoir le style vestimentaire ni le quotidien de la Kennedy. Comble du pathétique.
Même la mode, que je considère comme un art, se voit souillée du marketing de ce genre. Il faut vendre, il faut faire croire que la plèbe (dont je fais partie, je ne suis pas en train de snober qui que ce soit) peut acheter les produits de luxe, Gorbatchev promeut les sacs Louis Vuitton, les publicités tombent dans le porno chic, les magazines tels que Vogue se foutent de notre gueule et la mode devient un véritable enjeu économique. Et tombe bien bas...
Et qu'est-ce que je me dis ? Que je ne veux pas faire partie de tout ça. Que je ne veux pas être associée à cette mode pseudo-underground, que je ne veux pas avoir l'allure d'une SDF, que je ne veux pas faire croire que je suis une artiste en me photographiant accroupie par terre, que je ne veux pas tomber dans cette mode pathétique d'aduler la coke et de produire pour toute oeuvre artistique de la merde, purement et simplement.
Ces nouveaux artistes devraient s'abstenir et s'attaquer à ce qu'ils connaissent et à ce pour quoi ils sont un tant soit peu doués au lieu de salir l'histoire de l'art de leur sang héroïnisé. Parce que si Oscar Wilde était un "hipe" de son temps, lui, il avait du talent ; là est toute la différence.